7 janvier 2026 @ S'émerveiller en grand écran…
- isabelleleize
- 7 janv.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 janv.
La voix divine, claire et envoûtante de Rosemary Standley, que j'ai eue la chance d'interviewer l'année dernière, s'invite. Vouloir fermer les yeux. Mais les laisser grands ouverts encore. Encore ! Pourvu que cela ne s'arrête pas. Jamais. Toute la salle est en suspension. Générique. Applaudissements. Doux, puis nourris. La lumière finit par se rallumer. Les larmes d'émotion coulent encore. Et puis les spectateurs partent les uns après les autres. Nous sommes une petite dizaine à vouloir rester, les yeux rivés sur cet écran qui nous a tant offert. Rester dans un cocon situé quelque part dans la forêt des Vosges. Dans une cabane merveille… Mais l'ouvreuse finit par arriver et nous dire que "c'est fini", qu'il faut partir… dur de s'extirper de ce cocon-cabane où nous étions si bien entourés à écouter "Le Chant des forêts".
Entourés par Vincent Munier, fantastique photographe-éditeur-cinéaste à l'âme poète et au regard si juste, qui "sublime le monde sauvage"*. Entourés par son papa Michel, naturaliste, qui lui a tout appris. Entourés par son fils Simon aussi. Tous trois nous ont pris par la main pendant une heure trente-trois de rêve, pour nous faire découvrir leur forêt des Vosges. Leur forêt, mais surtout leurs habitants. Les arbres centenaires, le troglodyte si mignon qui a tant de choses à nous dire, beaucoup de pics (épeiche, noir, vert…), des chouettes aussi, des grives musiciennes… qui sont d'ailleurs tous au générique de fin. Et puis il y a le Grand Tétras. Cet oiseau magique, malheureusement disparu de la forêt, qui a sa propre histoire et unit nos trois guides. Et qui les mènera jusqu'en Norvège…
Mais c'est bien la forêt des Vosges qui en est l'acteur principal. Cette séquence incroyable où les cerfs traversent un lac dans la brume, on les devine, on les sent presque, on les respire… et puis l'apparition magique ! Ce moment incroyable et suspendu avec le lynx "panthère de nos forêts"**, cette image tendre d'un "immeuble-arbre" à plusieurs étages de logis suspendus, aux habitants chouettes, écureuils et pics cohabitent en toute beauté et intelligence… comme des messages à ne plus ignorer. Tous ces moments nous ramènent à célébrer ce qui nous fait vibrer et compte vraiment. Tous trois nous réapprennent à nous émerveiller (même si certains n'ont jamais arrêté ;-))…), à prendre le temps, à comprendre que l'attente, la connaissance du milieu, le partage, la transmission… sont notre vraie richesse d'hommes.
Le film est divinement construit. Avec des images sublimes, des souffles, des murmures et des chants, captés avec une technique maîtrisée en haute gamme, mais aussi et surtout avec toute sa sensibilité, Vincent Munier semble se trouver à notre épaule, murmurant, nous ouvrant les yeux et les oreilles à tout son amour du vivant. Les plans sont délicatement choisis, et le récit s'élabore tout doucement, au rythme de l'affût, au rythme des bruits de la forêt. De son chant. Des images d'abord floues, des êtres que l'on devine parmi les arbres et la brume, des images qui finissent par faire le point. Gros plan. Les yeux dans les yeux avec un lynx. Respiration en suspension.
Alors, on sourit, on rit, on pleure… et on réapprend à être à notre "juste place", discrets mais attentifs, tous les sens en éveil, en sifflant des ralliements avec tous ceux qui veulent continuer à croire en l'émerveillement. Puissions-nous tous croire que nous sommes nombreux (déjà 600 000 spectateurs au 10 janvier 2026 !)…
Alors, Belle année de l'émerveillement à tous !
**Référence au merveilleux film de Vincent Munier et Marie Amiguet "La Panthère des neiges" (2021). À voir et revoir.

Merci pour ce bel article. Tu cites Rosemary Standley à juste titre, car la musique de Birds on a Wire, qui accompagne le film en partie est particulièrement bien choisie, elle illustre, elle renforce, elle soutient, mais elle ne s'impose pas, elle n'écrase pas, elle souligne... Bizarrement, la construction n'est pas ce qui m'a le plu impressionné, je trouve (et c'est très bien) le film assez souple, assez flexible, relativement peu structuré. Comme un journal intime, presque. Il n'y a pas vraiment de progression dramatique, comme dans "La panthère des neiges". C'est une rêverie, parfois onirique.